Publié le 25 Juin 2010

 

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Chahut

Le nez collé contre la vitre, la tête dans le vague, je fixe les nuages  qui montent de la vallée, recouvrent les falaises, envahissent le ciel. A midi il fait presque nuit. La pluie furieuse frappe les carreaux, attaque vengeresse tout ce  qu’elle trouve. Le tonnerre, les éclairs, le vent tout est en place pour le grand déferlement.  Il y a une plénitude, une force  irrésistible, une prodigalité  dans ce débordement. La nature s’impose. L’homme n’est  plus qu’un sujet, impuissant, asservi par  les éléments déchaînés.  J’aime être ballottée ainsi par cette impétueuse furie. J’aime cette inquiétude, cette mise en danger, cet émoi qu’elle suscite. J’aime cette mise en évidence de ma fragilité, le crépitement du  feu à mes côtés,  l’odeur du café qui goutte, le vent qui chuinte dans la cheminée, à l’abri de ces bruits quotidiens,  je  la défie de m’atteindre. 

Que vais-je faire cet après-midi ? Un livre ? Du tricot ?  La télé ?  Il ne faut pas y penser avec l’orage.  Des mots croisés ? De la  confiture ? Rien ? Oui c’est ça, je ne vais rien faire, le luxe absolu.  La sieste, je vais faire une sieste « pantagruélique » et surtout que l’on ne me dérange pas. Je veux entendre la pluie, l’orage sans partage, allongée sur le canapé, au chaud sous le duvet,  les yeux mi-clos. Je me mets peu à peu en condition optimum de bien être, de plénitude.  De la méditation ? Que nenni. Du vide. Soudain je me redresse une douleur fulgurante m’enserre la cuisse,  le retiens ma respiration, j’attends la fin. Je connais cette alerte,  je fais les gestes habituels, la douleur reste, amoindrie, mais présente. Je ne peux pas me lever, je bouge le moins possible, j’essaye de disparaître de me faire oublier, mais rien n’y fait. Par vagues les contractions m’assaillent.  La solitude soudain devient pesante. Il faut attendre, c’est tout, en espérant que la nuit qui tombe apporte un soulagement. Enfin, c’est fini, elle est aussi brutalement arrivée qu’aussi miraculeusement  partie,  elle reviendra.  L’orage aussi s’est dilué, les crapauds, les reinettes reprennent leurs  chants d’amour. Tout rentre dans l’ordre….  Je vais me coucher, épuisée  de vie en latence.  Mais là ce sont les rêves qui m’accueillent, pas toujours bienveillants. J’allume,  je prends le livre sur ma table de chevet et me plonge avec délice dans les aléas de quidam inconnu aux prises avec des difficultés sans nom, des tueurs, des enlèvements, des frayeurs, des courses effrénées, des aventures virtuelles qui me font oublier pour un instants la vie comme elle va.

Mireille


 

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Rédigé par ab irato

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