Publié le 26 Février 2016

 LA SEPARATION

La séparation je devrais y être habituée j'ai 73 ans et j'ai été bien entendu confrontée à de multiples départs, volontaires, fortuits ou inévitables. Le chagrin, la tristesse, les regrets, la colère les accompagnent et puis peu à peu vient l'acceptation comme un caillou écarté sur le bas-côté pour continuer son chemin. Mais là, je ne sais pas pourquoi ? La fatigue de tout ce déblaiement ? Le bout de chemin que l'on aperçoit ? J'ai du mal à l’analyser, à l'accepter comme une simple péripétie de la vie.

De multiples renoncements accompagnent l'avancement en âge. Cet amoncellement que l'on traîne malgré soi pèse de plus en plus lourd et ralentit nécessairement la progression. Cinquante ans et quelques d'une compilation de vie combien m'en reste-t-il pour construire, reconstruire autre chose ? Le temps est depuis toujours compté, mais je n'en prends véritablement conscience qu'aujourd'hui. Ce que j'abandonne aujourd'hui est définitif.

Obnubilée, depuis quelques temps déjà par le symptôme du «c'était la dernière fois ». Perturbée par ce signe évident du grand âge. Je voyage sans cesse dans l'avant, le pendant, l'après pour comprendre, savoir où les chemins ont bifurqué ? A quel rond-point je me suis perdue ? Quelle fausse manœuvre m'a laissée à mon tour sur le bord de la route ? L'expérience n'est d'aucun secours, chaque jour est différent. Ce n'est pas non plus le goût du «C'était mieux avant » mais du simple bon sens, du réalisme, du pragmatisme même. Les années qui s'échappent ne reviendront pas et j'ai du mal à me projeter dans l'avenir. Je suis stoppée en pleine vitesse, la marche arrière bloquée, la marche avant périlleuse. Il ne me reste plus qu'à prendre racine.

Mireille MOUTTE

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Rédigé par ab irato

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