Publié le 26 Avril 2020

Je  me suis rendue compte aujourd’hui que je compte... Je compte presque tout, tout le temps, là par exemple, j’écris : je compte les lignes,  pour la poésie c’est les pieds. Je marche sur mon balcon, je compte mes pas, le nombre d’allers-retours, de kilomètres, le chronomètre. Je compte mes heures de repos, d’activités, de TV, de radio. Bizarrement je ne compte pas les pages, ni le temps passé le soir  à la lecture, ni mes paquets de pâtes et de farine. Par contre une chose m’inquiète,  c’est le temps passé sur mon canapé : 9 heures en  moyenne sur une journée de 15 heures ! (- 1 heure pour les repas, - 2 heures de marche, sport, - 3 heures de cuisine, TV, radio, ménage... ) Je compte un peu mes sous aussi, ni  Arpagon, ni Don Salluste, une simple ouvrière butineuse. Je compte bien sûr, comme tout le monde, les heures, les jours, les mois et les années à  venir, qui se rétrécissent comme peau de chagrin,  pour espérer naïvement les retenir. Pour le passé, je fais l’impasse, c’est le seul temps dont je suis absolument sûre ! Il remplit toutes les cases. Il est plein comme un œuf. Je n’est finalement pas perdu beaucoup de temps dans l’ancien temps. Il me manque bien sûr tout plein d’autres choses, du  temps pour les amis (es), les copains (ines), la montagne, la mer, mon jardin, le ciné, les bistrots, mais là je sais que je peux toujours compter sur eux, ils seront toujours là, enfin j’espère ?....Il paraît que l’on compte toujours ce qui nous  manque le plus. A l’évidence, en ce qui me concerne, c’est le temps, mais ce n’est pas la découverte du siècle, de Pasteur et son vaccin. D’ailleurs maintenant que j’y pense on compte toujours sur celui du XXI° siècle ... Suivez mon regard !  Enfin Je compte, et pas qu’un peu les kilos mais là  hélas trois fois hélas j’en ai beaucoup trop !!     Est-ce grave Docteur ?                         Mireille MOUTTE

Le compte est bon,

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 15 Avril 2020

Voilà c’est fait...un mois de confinement, de prison volontaire, mais sans espoir d’évasion à part la lecture, ni évacuation à  part.... Deux sorties en tout et pour tout : le médecin de l’autre côté de la rue et le tour du bâtiment pour driver le livreur.  Les distractions se font rares ! Des journées découpées en tranches façon mortadelle, mais sans le plaisir de la dégustation. La silhouette poussée dans ses derniers retranchements  face aux plaisirs irrépressibles de bon vins, de pâté en croûte, de risotto aux petits oignons et autres amuse-gueules interdits par la faculté. La liturgie des heures, des habitudes pour occuper ses journées.  La marche forcée, comme un lion en cage, sous les arcades de la terrasse.  La gymnastique inspirée-expirée, mais pas trop, sous le regard impassible d’un œil en verre.  Quelques lignes tricotées  ou lues entre deux bouchées à la reine.

 

Des cisterciennes, sans la contemplation, sans la communion, si ce n’est celle de l’âme, mais avec  le temps et un peu d’entrainement tous les espoirs nous sont permis. Dieu réincarné par  des médecins, savants et autres infirmières et les chapelles transfigurées en hôpitaux. La grande messe noire des  infos pour nous ôter toutes velléités de bain de foule et de  vie en collectivité. Le cloître comme seul échappatoire ! La vie a parfois de cocasses revirements ! La société réduite aux acquêts : téléphone, sms, email, la convivialité par skype, l’amour filial  par le  langage des signes, l’exultation des corps en suspend,  le « devoir conjugal » en jachère. Bref l’essentiel compressé façon César. Une vie en conserve, serrés comme des sardines, baignant d’envies fugaces de meurtre, entrecoupée  de rêves-souvenirs de grand large, de sentiers escarpés, de plage ensoleillée, de baignade chaloupée.... inaccessibles même avec une autorisation écrite, explicite et détaillée et dument vérifiée  par la maréchaussée. 

 

Un cauchemar dont nous nous croyons exemptés par le vingt et unième siècle et ses merveilles technologiques, son progrès, sa science, sa force de frappe et autres communications interstellaires. Et soudain se rappelle à notre bon  souvenir le 19 ème siècle et son cortège d’épidémies, du choléras à la peste brune réunis : les  lazarets, les quarantaines, les fosses communes, le couvre-feu, les boucs émissaires, les ausweis, la peur, la panique. Régulièrement pourtant nous avons eu droit à une douloureuse  piqûre de rappel qui soulignait notre  fragilité de porcelaine, notre domination de papier doré et notre puissance de pacotille. Mais fi de tout cela, folle Amanda, la vie est courte, chantons en cœur :   Des lingots oui mais en panzani. Des dollars oui mais en papier  toilette !!

Bon allez assez rigolé,  j’entends Pâques me sonner les cloches. 

                                                                Mireille MOUTTE

Le cloître

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 9 Avril 2020

l y a morts et morts. Tous les morts n’ont pas la même importance, la même valeur, les mêmes conséquences  :

Les morts multiples mais « acceptables » sont celles liées à la pollution de l’eau, de l’air, des sols, chimique, nucléaire, d’hydrocarbure.. avec comme corollaires : Stress, AVC, cardio, pulmonaire, cancer..... celles qui ne gênent pas l’évolution de notre consommation et donc de la croissance. L’ennemi est non seulement invisible mais non quantifié statistiquement. De plus, il touche les gens les plus faibles et confrontés directement aux périls. La tranche la plus aisée de la population reste majoritairement à  l’écart et a les moyens de se protéger. Ces morts sont en quelque sorte acceptées comme des surnuméraires, des dégâts collatéraux liés à notre comportement social, économiques.

 

Les morts du covid-19 sont plus problématiques. D’abord elles touchent tout le monde, sans différentiation culturelle ou sociale. Mais surtout, avec le confinement, les entreprises et les travailleurs sont à l’arrêt, l’économie en berne, le PIB figé, la bourse et les statistiques affolées, la pénurie généralisée. S’amorce en plus sur la place publique, une remise en cause de la stratégie globale de notre modèle économique et environnemental.

 

Le capitalisme est confronté à ses erreurs,  ses désordres et son dogme du profit immédiat qui met  à  mal son propre fonctionnement et notre survie par la même occasion. Les responsables sont incapables de prévoir les dégâts inévitables liés à sa gouvernance et l’étendue de leurs ravages sur les hommes et à la planète. Continuer sur notre lancée,  en comptant les morts  de la pollution, du virus, de la déforestation,  de la baisse de la biodiversité ou d’autres, me paraît difficilement acceptable par les citoyens. L’ardoise risque d’être salée socialement,  financièrement, politiquement et écologiquement s’il n’y a pas une reprise en main de l’organisation des Etats par les populations civiles. Les réflexions ouvertes, « grâce » au temps de confinement, feront j’en suis sûre leur chemin chez un grand nombre de citoyens, sinon...

Comme le dit si bien Florence Aubenas : Après la pénurie de masques c’est celle  des cercueils qui suivra

                                                                                         Mireille MOUTTE

Les morts

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0