Publié le 9 Octobre 2014

Toutes les routes mènent à Rome, pour nous ce sera Angers, Nantes, Lorient, Quimper, Pont-Croix. La température comme le ciel est basse. Enfin, but ultime : La maison est toujours là, le décor n'a pas changé,  peu importe la météo nous voulons un lit chaud. Le lendemain le Parisien arrive, le trio est au complet. S'ensuit une semaine de baignade, tennis, invitation et « touti quinti ».Malheureusement les retrouvailles tournent court. Pour des raisons encore non élucidées : Un énervement soudain, une incompatibilité d'humeur, des habitudes dérangées, les vacances tournent en eau de boudin. Départ précipité également par le décès de Paul, qui va être incinéré le surlendemain. Il y a des événements dont on se passerait volontiers, mais qui arrivent à point nommé pour éviter des psychodrames. Retour donc au Plessis. Tous sont encore là pour accompagner Paul, L'émotion est palpable. Quelques mots, une dernière chaîne de l'amitié, le recueillement, les embrassades et nous nous retrouvons au Plessis sous un ciel étoilé pour, comme le voulait Paul,  célébrer son départ en fanfare. Le lendemain c' est les premiers départs, des vacances pour les plus chanceux,  vers le dur labeur pour les autres.    La maison se vide peu à peu, et retrouve son calme. Françoise va tôt ou tard être confrontée à l'absence. Mais pour l'instant nous sommes encore là pour l'aider à passer ce cap difficile. Il y a plein de décisions à prendre, de papiers à faire, de rendez-vous programmés. La vie quotidienne va bien vite reprendre ses droits. Après quelques temps de doute et de chagrin bien compréhensibles, en fille pragmatique, elle va prendre sa nouvelle vie en main. Je ne me fais pas trop de soucis, mais un peu tout de même. Face aux épreuves, les réactions humaines sont parfois surprenantes.

Nous reprenons le chemin de la Bretagne avec nostalgie, chacune dans nos pensées.  Michel et Martine  nous accueillent à Plouhinec dans leur maison de vacances avec gentillesse et simplicité. Le Parisien est apparemment toujours très remonté contre moi, c'est la grosse fâcherie définitive. Colette est malheureuse, c'est son frère. Cela s'arrangera sans doute pour elle, c'est sa sœur, et vice versa. A cette occasion, je commence à appliquer la philosophie du  détachement et du lâcher prise. Ce  n'est  ni  de  l'indifférence, ni  du  je  m'en  foutisme. Mais  éviter  la  colère  stérile, l' empêcher  de tout  submerger, essayer de rejeter toute pensée, néfaste et inutile, éviter l'irrémédiable, ne pas s’encombrer la tête de problématiques alambiquées et inéluctables. Ne pas essayer de sonder la profondeur incommensurable de l'âme humaine, on risque de s'y noyer. On ne connaît véritablement personne. L'autre restera toujours un autre. Basta !

Côté confort nous avons gagné au change, une maison en bois, dans les bois, une chambre chacune, à quinze minutes à pied de la mer. Nous connaissons nos hôtes de longue date, nous avons passé de nombreuses vacances ensembles. Si chacun y met un peu du sien tout devrait aller dans le meilleur des mondes possibles. La semaine prochaine devrait être sereine, calme et tranquille dans l'harmonie qui sied à nos teints et aux vacances. Que les astres nous soient pour une fois, favorables.   Petit bémol, j'ai attrapé froid au funérarium, bilan : bronchite, antibiotique et tout le tintouin..Le temps n'est pas folichon non plus. Comme à mon habitude je bricole et je pianote en attendant le soleil et le sommeil.

Les familles réciproques et recomposées de Martine et Michel sont chaleureuses et sympathiques. Nous les avons connus, pour certains, tous petits.  Les petits-enfants tout jeunes : 15 mois, 2 ans ½ et 6 ans sont adorables. C'est encore l'âge facile, on les amuse d'un rien, pour peu qu'ils se sentent en confiance. Les repas sont conviviaux et agréables. Colette, comme à son habitude est aux fourneaux avec Martine. Seul le ciel nous fait défaut. J'ai repéré le camping de la corniche à Plouzevette qui loue des mobilhomes à voir pour l'année prochaine, puisque nous faisons désormais partie des  S.D.F. dans le Finistère. Nous avons pu aller promener à la petite chapelle de St They où « l'art à la pointe » expose une installation d'un jeune créateur surprenante : un squelette fait de différents bouts de bois tels quels et maintenu à un mètre du sol part un système de fils. Les éléments du squelette n'étant pas reliés entre eux, le montage bouge au moindre courant d'air.  Très intéressant, très curieux. L'imagination est sans limite. J'aurais aimé savoir quel élément a été le déclencheur d'une telle création. Peut-être le hasard d'une rencontre avec un bout de bois qui projette dans l'imaginaire la révélation de son utilisation.

Cela se confirme, semaine très agréable chez Michel et Martine, balade en vélo, plage, promenade sur la Côte, crêpes, moules, générosité, bienveillance, décontraction, détente, simplicité. Une amitié sincère, tissée au fil du temps,  reposante. Colette est malgré tout fatiguée. Ces vacances sont riches en émotions de toutes sortes,  trop  de sentiments à gérer, trop de bouleversements, trop de perturbations, pas assez de pose. Être chez les autres demande tout de même un minimum d'attention et d'effort. Malgré la bonne volonté de nos hôtes, Colette est perturbée, elle veut toujours bien faire, faire plaisir, elle en fait trop et donc ne se repose pas assez. La peur peut être qu ' ici aussi, le séjour trop long, ne finisse par  se gâter ? Et moi qui, pour ne rien arranger, tombe malade. Martine, reprend le travail demain à Quimper. Nous partirons  après-demain jeudi 14 août.  Dernière soirée festive avant le départ. Moules-frites sur le port de pêche d'Audierne, où, nous avons retrouvé les deux fameux cousins, leurs compagnes et plus si affinité. Affinité il y avait, un Philippe encore,  mes hormones ont frémi, un très léger frémissement, certes, mais un frémissement tout de même.   Cela fait du bien de ressentir encore ce petit pincement, cet émoi. Je suis encore vivante. C'est une bonne nouvelle.


Les vacances Bretonnes se terminent demain. Elles ont beaucoup mieux fini que commencé.  Tout à une fin, si ce n'est la bêtise, l'absurdité et la folie. En effet, comment oublier, pendant ce temps qu'à quelques 300 kilomètres de là des fous se déchirent au nom d'Allah, au nom de Yahvé, au nom de Dieu, au nom de l'absolutisme, de l'hégémonie, au nom de la loi du plus fort et mettent le monde à feu et à sang, massacrent détruisent, pillent, anéantissent des populations entières. Partout la haine, partout la violence, partout la peur règnent sans partage. Nous notre gros problème, entre autres, c'est d'éviter les bouchons du 15 août, de choisir la bonne file au péage, de trouver l’entame du papier cul dans les distributeurs publics, et de se passionner pour les quelques  centimètres supplémentaires  qu'un  quelconque sauteur-coureur-nageur va faire de plus que son voisin.

Retour silencieux. Les vacances furent éprouvantes, beaucoup de stress, de tristesse, de chagrin, peu de repos.  Deux brèves étapes. Une nuit chez ma sœur, une nuit chez les petits. Tout va bien chez les uns comme chez les autres. Fan plante des épinards d’hivers. Les petits nagent dans le bonheur de leurs multiples projets. Ils ont, je crois, enfin trouver  le lieu idéal où se poser pour quelques temps. Nous retrouvons Aix, enfin je retrouve Aix.  Colette trop fatiguée par le voyage ne veux pas sortir. La chaleur est là, j'apprécie. Piscine, café, ciné, la totale. J'ai décidé de prendre la vie par le bon bout et de laisser l'autre filer. Jimmy's hall de Ken Loach, superbe. J'adore ce cinéma qui éclaire aujourd'hui avec la lumière d'hier. Des luttes simplement pour  survivre, toujours d'actualité.  Des paysans irlandais qui se battent pour récupérer leurs terres, pour se libérer du joug de l'envahisseur, de l'emprise de l'église, des traditions archaïques, de la cupidité des propriétaires terriens. Pour que  la graine semée de l'éducation, de la solidarité, de la justice, prospère encore et encore. Je suis bien sûr une incorrigible idéaliste, une romantique forcenée. Les mots : partage, lutte, union, ouvriers, paysans, peuples,  et n'ayons pas peur : liberté, égalité, fraternité, font toujours vibrer en moi une corde sensible. Je n'arrive pas à vibrer à l'unisson  avec ce qui se passe à Gaza, par exemple. Pourquoi ? Les palestiniens luttent aussi pour reconquérir leurs terres, contre le joug de l'envahisseur. Mais leurs armes et leur idées sont différentes. Il ne s'agit plus  seulement d'idées mais de missiles. D'après les comptes rendus des journaux il n'y a pas,  là bas, de preux chevaliers qui défendent la veuve et l'orphelin à la seule force de leurs biceps. Mais des islamistes purs et durs qui endoctrinent méchamment des foules ignorantes et s'en servent sans vergogne de bouclier vivant. C'est du moins ce que l'on peut lire et entendre ici ou là. Mais peut-on encore leur faire crédit.  Entre nos idéaux et les missiles, le choix, chez nous, est facile. Ce qui est sûr c'est qu'aucun ne gagne définitivement. C'est la lutte éternelle du bien contre le mal, du qui perd gagne, de la vie contre la mort.  L'envahisseur a plus d'un tour dans son sac. Il sait s'adapter, changer de forme, se fondre dans la masse, annihiler les résistances, pervertir en douceur. Il a le temps avec lui.  Nous, nous n'avons qu'une pauvre petite graine, fragile, délicate soumise aux intempéries. Toute la différence  est là. Mais vers qui  va notre enthousiasme ? Qui porte notre espoir ? Mireille MOUTTE octobre 2014
             « Toutes idées a besoin pour moi d'un contre-pied
               Je ne puis supporter les vérités admises,
               Je remets l'évidence elle même en chantier,
               Je refuse midi quand il sonne à l'église,
               Et si j'entends en lui des paroles apprises,
               Je déchire mon cœur de mes mains sans pitié »
                                          Aragon (Je traîne après moi)

                            

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Rédigé par ab irato

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