Publié le 22 Juin 2014
Il fait chaud, le ciel est bleu. Sur la pelouse un tapis de pâquerettes. Dans l'ombre des grands arbres une petite brise légère rafraîchit. Le silence, la quiétude et pourtant Paul va partir,
Les insectes sont au travail, butinent, transportent, amassent. Les oiseaux chantent. Les légumes au jardin prospèrent. Tout demeure, tout continue et pourtant Paul va partir.
Le téléphone sonne, la radio chante. On trie les légumes, on nettoie le parterre, on fait la vaisselle, on bricole, on s'active. Un flot vital qui emporte et pourtant Paul va partir.
Sur les coteaux les vignes se gorgent de soleil. Dans les champs les foins sont coupés. La Loire, impassible, sans fin écoule son temps.Tout est là, tout respire et pourtant Paul va partir.
Nos bonheurs, nos joies, nos peines, aventures éphémères, empreintes fugaces sur le sable. Oubliées, écartées, refoulées la sentence ultime, l'échéance funeste et pourtant Paul va partir.
Nos espoirs, nos désirs, nos envies, nos promesses, nos emballements, nos ego, simples impératifs d'une impérieuse existence. Dérisoires traversées humaines et pourtant Paul va partir.
Nous faisons partie du grand tout. Gouvernés selon les mêmes cycles: On naît, on grandit, on meurt. Mais malgré ses exigences, comme cette vie est jolie, et pourtant Paul va partir.
Comment dire, comment faire. La raison essaye désespérément de nier la réalité. De ne pas voir, de ne pas reconnaître, de refuser l'évidence, de repousser l'impuissance et pourtant Paul va partir.
Mais ce n'est pas lui qui est là, sur ce lit, amaigri. Il est ailleurs, Il va revenir auprès de sa Dulcinée, harassé et fier sur sa Rossinante après avoir terrassé le dragon,. Il ne peut en être autrement. Il y a tant de belles et bonnes choses à vivre, à partager. Reste avec nous.
Chanzeaux le 14 juin 2014,
"Vos pas ont-ils un but ? Vous courez mais vers quoi ? Allez-vous quelque part ? Où s'adresse la quête, si d'un courant vainqueur entraînant hommes et bêtes, le flux se précipite, où mène le combat ? Silence en bas du monde où l'insecte éphémère sans rire se pavane en son futile orgueil. Silence aux cieux éteints où s'est refermé l’œil du Dieu, sur les vains bruits, le vide et la chimère." Théodore MONOD