Publié le 21 Septembre 2011
SEUIL Suite...
Epuisée, je me suis assoupie, voila bientôt deux heures que je suis là, sentinelle, à épier, à attendre je ne sais quoi ? Une présence, du bruit, du mouvement, quelque chose qui confirme la présence d’un intrus. Tout à coup je me rends compte que la fumée qui m’avait alertée s’est dissipée. Qu’en penser ? Que faire ? Tant pis je m’avance, cette attente stérile devient pénible. Je me perds en conjonctures, le vide, le néant, le silence créent une tension obsédante. En quelques enjambées je suis à l’orée du bois, je m’avance maintenant à découvert, le silence est pesant, Mon cœur fait un boucan d’enfer, je m’attends à tout moment à voir débouler quelqu’un. Je contourne la cabane avec précaution, aucun signe de vie. La porte est ouverte, je n’en peux plus de cette angoisse. La cabane est dans un désordre total, tout sans dessus dessous, mais vide, des vandales ? Une beuverie qui a mal tourné ? Mais comment expliquer le feu qui s’éteint peu à peu, faute de combustible. Je suis complément perdue, je n’ai qu’une seule envie, prendre mes jambes à mon cou et m’enfuir, m’éloigner le plus vite possible. Mais pour aller où ? Je suis loin de tout, depuis deux jours je marche pour mettre une certaine distance entre les problèmes et moi, et voilà que je les retrouve ici au milieu de nulle part. Je tourne désespérément en rond. Le flou, le vide total, je n’arrive plus à réfléchir, à trouver une issue. Le soleil se couche il est trop tard pour prendre une décision définitive et surtout pour faire machine arrière.
M’installer peu que peu dans la cabane ou passer une seconde nuit dehors ? Les deux hypothèses ne m’enchantent guère. Dix-huit heures, si quelqu’un revient ce ne sera pas avant demain matin, je bivouaquerai donc à l’intérieur, même si cette perspective me rend fébrile. Je fais rapidement un feu qui a le double avantage de dégager un peu de chaleur et de rendre la pièce un peu plus conviviale. Mais je me rends bien compte que ce faisant je signale ma présence à l’extérieur. La nuit est tombée, je compte sur l’obscurité pour me protéger. Je fais le tour de mon territoire. La serrure a été fracturée, il s’agit donc bien d’intrus. Après avoir remis en place les chaises, la table, je monte à l’étage voir ce qui aurait dû être ma chambre, j’ouvre les volets, la pièce ne paraît pas avoir été dérangée et luxe ultime dans ce chaos, le lit est là indemne, enfin une perspective réjouissante. Après toute ces émotions je n’ai qu’une envie me coucher et oublier ce cauchemar, mais il n’est pas encore temps. Je continue mon inspection, le bûcher comme on me l’avait promis est plein, la perspective de bons feux me réconforte un peu. Le tour de la maison se révèle sans autre problème visible. Je remets à demain la recherche d’empreintes importunes dans la neige. Je trouve une bûche pour bloquer la porte efficacement. Il est temps de rentrer, de manger, de dormir, je n’ai pas trouvé la lampe à pétrole, j’ai ma torche, et l’éclat du feu de bois pour m’éclairer. Mon repas expédié, je m’allonge enfin, sur un lit étranger qui ne m’inspire pas confiance, dans un duvet légèrement humide de la dernière nuit passée dehors et à l’affût du moindre bruit suspect. La nuit risque d’être longue. Je suis tellement épuisée que j’en oublie presque les péripéties de ces derniers mois. Basta, à chaque jour suffit sa peine.
Le grand soleil qui passe à travers les volets me réveille, heureux présage. J’ai dormi, d’un sommeil haché, agité, en alerte, mais je veux envisager cette nouvelle journée avec confiance. Je prend un grand bol de café et mon énergie rechargée, je prend la décision d’inspecter les alentours à la recherche d’indices, de traces, qui m’éclaireront peut être sur les derniers événements qui se sont passés ici. L’inquiétude d’hier soir s’amenuise peu à peu. Je pourrais très bien apprécier mon séjour ici, si rien ni personne ne m’en empêche. Un dernier réflexe de méfiance, j’efface toute trace de ma présence et planque mon sac dans les fourrés, pas question de me faire surprendre. Je retrouve la neige avec plaisir et si le temps se confirme, une belle journée de balade en perspective n’est pas pour me déplaire, surtout allégée de tout mon chargement. Il me faut penser à prendre quelques repères et à laisser quelques indices pour retrouver plus facilement mon chemin. L’enthousiasme ne doit pas me faire oublier la prudence. J’avance rapidement, sans rien trouver de probant. Je finis par penser qu’il ne s’est rien passer de grave, et que seule ma paranoïa est responsable de mon angoisse. Le ruisseau que j’enjambe gargouille agréablement, et à part la neige qui crisse sous mes pas, aucun autre bruit, aucune trace intempestive ne vient troubler ce tableau idyllique. Une seule ombre au programme : Les « autres » peuvent bien sûr revenir à tout moment, Mon installation sera donc précaire et éphémère, je ne pourrai m’éterniser ici comme prévu, dommage, le coin malgré tout me plait bien. J’ai la faculté bienheureuse de passer très rapidement du désespoir à l’exaltation, il paraît que cela caractérise les personnes cyclothymiques, je n’en ai cure. Dans nos sociétés où tout doit être régenté, classifié, mis en équation, expliqué où tout à une définition même la vie. Ma formule pourrait être «Il faut faire avec ».
Je commence à trouver étrange de ne trouver aucune trace, ils ne se sont pas envolés ? Finalement un indice même tenu de leur passage me rassurerait presque. L’après midi touche à sa fin il est temps de rentrer, la nuit tombe vite. Je reviens à la cabane bredouille, perplexe, je cogite de nouveau, j imagine mille et un scénarios. Voilà mon séjour de nouveau gâché par des perspectives troubles. La cabane est toujours là ! Et oui on ne sait jamais. Tout est resté en place durant mon absence. Après avoir récupéré mes affaires je m’apprête à passer ma deuxième nuit dans un contexte peu engageant.
Troisième jour, je reprends ma quête. Le paysage est maintenant familier. Le plaisir de la découverte vient peu à peu atténuer mon inquiétude, ma fébrilité. La neige, le soleil, les sapins toute une harmonie de sérénité, de plénitude, de communion avec la nature. J’adore me promener ainsi, la tête vide ou plutôt pleine de toute cette vie qui me traverse, me remplit. Sans explication, sans réflexion philosophique alambiquée. Je suis à l’unisson avec la nature. Soudain un amas de neige en désordre attire mon attention, Et met un terme à ma béatitude. Je m’approche, en effet, la neige ici a été piétinée. Mon cœur bat la chamade. Enfin une preuve tangible qui étaye mes sempiternelles élucubrations. Je remarque bien une marque ou deux de pieds qui vont vers le nord, le reste est brouillé. Je les suis quelques temps, elles continuent dans la même direction. Jusqu’où ? Jusqu’à la route ? Je ne peux pas continuer et même si l’envie de mettre un point final à cette incertitude me taraude, je suis obligée de faire demi-tour. En me retournant je m’aperçois que mes propres traces sont elles aussi bien visibles. Le temps n’est pas à la neige, il ne faut pas compter dessus pour les effacer. Sur le retour, moins décontracté que l’aller, je suis très facilement les traces qui me conduisent immanquablement vers la cabane en faisant un grand détour pour finir dans un amoncellement de troncs, Mon problème est toujours là, je ne suis pas tellement plus avancée. Mis à part la certitude que des personnes sont passées par là. J’avais étrangement besoin de cette confirmation même si elle me paraît évidente.
A SUIVRE...