Publié le 4 Septembre 2016
Ma mère est là, dans son cadre, sur le pétrin, dans une robe droite, à petites raies bleues et blanches, col en V, comme elle les affectionnait. Elle est bien coiffée avec sa mise en plis toute fraîche. Elle sourit, au photographe, d'un sourire de circonstance.
Je reconnais bien la pièce. C'est à Volpelière à Mas Thibert en Camargue où ma sœur et son mari élevaient des brebis. Elle est seule encore attablée à la grande table. C'était un repas de fête. On remarque la bouteille de Clairette de Die, un plat à gâteau avec sa dentelle en papier, des petites assiettes à dessert, un petit bouquet de pissenlits et géraniums....on attend le café. Au fond de la pièce, une étagère avec des livres, un sommier recouvert d'une couverture épaisse rayée rouge et blanche avec des gros coussins et le lutrin de Vincent qui a dû jouer "Mi favorita" à la guitare à la demande générale.
Sans indication d'aucune sorte, je me perds en conjoncture pour essayer de dater la photo et savoir l'âge de ma mère, qui ne doit pas être bien éloigné du mien aujourd'hui. D'après les fleurs et sa tenue, c'est en été. Si c'est un anniversaire, il peut s'agir de Paul, mon beau frère ou de Philippe, mon neveu tout deux nés en août ou Françoise, ma sœur née en septembre. Je pencherai plutôt pour Philippe, bien qu'on ne distingue aucun carton ou papier cadeau, je suis à peu près sûre qu'ils sont déjà dehors et qu'ils s'amusent. J'entends presque leurs rires.
Ils sont partis de Volpelière aux alentours de 1985-86. La photo pourrait dater de quelques années avant 82-83 ? Elle aurait donc environ 67-68 ans, plus jeune que moi aujourd'hui de 4 ou 5 ans. Mais je compte large ou court comme si les années étaient en élastique.
Tout a disparu, des choses, des gens, de l'atmosphère d'alors. Il reste le souvenir d'un moment, d'une histoire particulière, unique et fugace. L' éphémère et l'éternité gravés sur papier glacé. Peu de choses, sinon la nostalgie de l'époque héroïque de notre jeunesse, à jamais révolue. Il me restait plus de 20 ans à travailler et je me fichais comme d'une guigne de la retraite. Je vivais l'instant présent sans penser au lendemain. Une légèreté, insouciante des tracas des surlendemains qui ne chantent plus toujours. Un bonheur par abandon. C'est ce qu'il faut que je retrouve. Aujourd'hui on parle de "lâcher prise" . Plus facile à dire qu'à faire quand le corps rechigne et s'époumone. Mais Il y a un temps pour tout et la juvénile désinvolture a laissé peu à peu la place à la patiente résignation. Inutile de pleurer sur le passé il faut savoir s'adapter aux changements inéluctables.
Comme le dit si bien le chat de GELUCK : "Dans le passé il y avait plus de futur que maintenant".
Saignon, juillet 2016
