Publié le 1 Mai 2020
Encore un mois passé à l’ombre...pas celle des jeunes filles en fleurs, pas celle des tilleuls verts de la promenade, celle de mes quatre murs et c’est déjà ça. Côté positif, nous n’avons plus besoin d’écran total, ni du bikini dernier cri. Le survêtement est la tenue plébiscitée par l’IFOP, le canapé est le véhicule spatio-temporel préféré des confinés, le frigo est l'ultime aventure vers le grand nord. Il faut un peu d’imagination mais au bout de deux mois de confinement, le voyage est un oiseau exotique qu’il faut apprivoiser doucement. Je me souviens à peine des champs, des prairies fleuries, des montagnes enneigées, du sable blond, du bruit des vagues sur la grève. Au réveil, j’ai une tendresse irrésistible pour mon pot au lait qui me rappelle les vaches des prairies normandes. J’ai une larme d’émotion devant ma biscotte grillée comme des champs de blés ondulant sous le soleil. Ma marmelade d’orange se transforme comme par magie en vergers du Maroc. A midi c’est mon roquefort et ses senteurs bucoliques qui me transporte sur les causses du Larzac, au milieu d’un troupeau de belligues. J’ai encore quelques difficultés pour transformer ma cuisine IKEA en fjords norvégiens. J’ai une excuse valable : je ne les connais pas. Pour enchanter un peu plus mon quotidien Il me reste Léo est sa solitude, Claude et l’écran noir de ses nuits blanches où je me fais mon cinéma. Si vous voulez toujours plus de paillettes dans vos yeux, vous avez en promotion le fandango du pays basque de Louis MARIANO et en vedette américaine super Manu à la tv, mais à petite dose.
Voilà une liste non exhaustive pour s’imaginer un ailleurs meilleur, mais il y en a plein d’autres. J’ai quelques scrupules à vous vanter les mérites de substances aphrodisiaques licites ou non. N’importe comment l’approvisionnement est problématique. Le supermarket est le dernier paradis du consommateur accro-compulsif mais de pâtes alimentaires ! Où le choix existentiel se fait entre le couscous Garbit et le cassoulet de Toulouse....semoule ou haricots, that is the question ? Cornélien et Shakespearien la fois. De la culture à tous les étages !
Au niveau marche nordique mon parcours de santé sur le balcon, est au tip top. Sans coach sportif, sans installation coûteuse et sans tenue affriolante, je suis arrivée en un mois, kilomètre après kilomètre, à hauteur de Fos sur Mer au sud. Forcalquier côté nord. Épatant non ! Bon ce n’est pas encore Compostelle, mais sans cor aux pieds, sans promiscuité malodorante, sans déshydratation ni insolation ! Mon but ultime, mon Everest, mon Fujiyama à moi : Perpignan au sud ou Tassin la demie-lune au nord. Mais s’il fait beau, les deux sont possibles. Je sais, je sais je me mets trop de pression.
Par contre, côté stoïque, concentration, méditation et plénitude, j’ai encore du travail sur la planche à clous. Mon idéal de gourou aseptique est mis à rude épreuve tant mon inconscient est intoxiqué par l’extérieur de mon intérieur. Le monde même lointain arrive à moi tel un murmure étourdissant et je n’arrive pas à fermer hermétiquement mes écoutilles pour plonger dans mon moi profond. J’ai essayé la méditation transcendantale, mon thérapeute a fait une overdose de neuroleptiques. J’ai essayé le yoga mais je suis restée coincée dans la position du lotus. J’ai essayé les boules quies, j’ai dû faire appel à un ORL. Physiquement, question souplesse et agilité, c’est pas ça non plus. Je n’arrive pas encore, malgré un entraînement intensif, à passer ma jambe derrière mes oreilles, ou remonter mon nombril sous le menton, sans remettre pour autant en cause mon régime basses calories « comme j’aime » qui a pourtant tendance à me courir sur le haricot, et mettre mes nerfs en boulettes. (Et ce n’est pas un euphémisme).
A part ça tout va bien. J’ai du doliprane en quantité raisonnable, un thermomètre infrarouge à portée de ma main baignée de gel hydro-alcoolique, un masque en calicot fleuri dernier cri, une sortie de cosmonaute en sacs plastiques recyclés, pour parer toute éventualité. Mon obéissance, ma docilité, ma soumission aux normes imposées par les décisions politiques et l’épidémie me surprennent moi-même. Devenir un citoyen modèle n’a jamais fait partie de mes priorités. La peur de la mort ou de l’amende ?
Heu !....Dernière nouvelle pour sortir, si l’on sort ? Il faudra : un mètre de maçon ou de couturière, au choix ! (pour la distance), un smartphone (géolocalisable) , un masque (avec des élastiques de rechange), une attestation (deux suivant le nombre de kilomètres), enfin et surtout : des repaires de couleurs différentes pour faire connaître 1°) son état ou non de contagion, 2°) son département d’origine, 3°) son état de santé général, 4°) Son métier, 5°) son âge ! (Ça ne vous rappelle pas quelque chose ?) Ah, j’entends la cloche qui sonne, il faut que je rentre.
Le monde part en biberine, en sucette, en cacahouète, je préfère en vrille, question légèreté. J’ai tout de même bon espoir. Avec le temps, on finira bien par s’y habituer....... Avant la prochaine ! Mireille MOUTTE
