Publié le 19 Janvier 2015
Dans ma folle jeunesse vers les années 60 /70. On s'époumonait pour Dany, pour Johnny, Elvis, Ferré. On était incompris, rebelles, insoumis, nous cassions quelques fauteuils, érigions des barricades, on courait du Plateau du Larzarc aux monts de l'Ardèche, de Woolstock à l'Olympia, de la maison bleue à la montagne, Suzanne nous emmenait dans un sou-marin jaune,. Nous allions réussir notre vie, être heureux, retrouver la nature, vivre ensemble en harmonie, plus de guerre, plus de massacre.... Aujourd'hui, ce sont les cris d' Allah akbar, qui nous assaillent. Nous les vieux de la vieille, nous ne comprenons pas pourquoi une certaine jeunesse, minoritaire mais agissante, pense qu'au nom « d’Allah est grand » il faut raccourcir tous les autres.
Remettre en cause l'ordre établi est le rôle, le devoir de la jeunesse. Faire évoluer une société n'est pas une sinécure, la solidarité, la justice, la tolérance, la générosité, la fraternité ne coulent pas de source. Nos parents s'étaient compromis, avaient abdiqués, nous serions plus forts, nous résisterions. Puis, nous avons vieillis. Cinquante ans après il y aurait beaucoup de choses à dire et certains ne s'en privent pas. Mais pour critiquer cette évolution, indispensable à mes yeux, il faut se souvenir les années précédentes, du poids des traditions, des convenances, des archaïsmes, de la bienséance, de la religion, de l'hypocrisie. Il fallait faire éclater cette gangue exiguë, étriquée ankylosée par des années de soumission « au sceptre, au sabre et au goupillon ». La guerre n'était pas loin, il fallait vivre et jouir de tout, mettre l'imagination au pouvoir. Mais là, aujourd'hui, au nom d'Allah, je ne comprends pas le but recherché, quelle vie nous proposent-ils ? Puisque pour imposer leur manière de voir, et de voir quoi ? Il leur faut mourir et entraîner quelques autres avec eux. Moi la mécréante je conteste l'octroi du terme terroriste ou djihadiste à ces égarés, ce sont des fascistes, des fous meurtriers, des délinquants, des imbéciles incultes, des handicapés du discernement, du jugement et de l’intelligence. Vingt personnes tuées, pour un quart d'heure de toute puissance, de droit de vie et de mort sur des crayons, des insignes, des kippas ! Ils ne me font pas peur, ils me fatiguent, m'accablent et me font désespérer du genre humain
Les controverses autour des caricatures de Mahomet sont pour moi incongrues. Certes des musulmans peuvent s'émouvoir de ces dessins, ne pas les comprendre, les critiquer et même les contester devant la Justice. Mais que sont quelques dessins face à la barbarie des assassinats, des meurtres, des lapidations, des égorgements, des décapitations faites au nom d'Allah. S'il existe un être supérieur, un Dieu tout puissant, pourquoi pensent-ils qu'il a besoin d'eux pour accomplir ses funèbres et supérieurs desseins ? Pauvres hommes, misérables vermisseaux, « échevelés, livides au milieu des tempêtes » Je suis athée mais si ma mémoire est bonne : Allah est aussi pardonneur et miséricordieux. Le djihad c'est faire un effort dans le chemin de Dieu et il existerait dans l'au delà un paradis et un enfer pour connaître nos valeurs ou punir nos pêchés. Alors quoi ? Ce n'est plus suffisant.
Mea-culpa, nous avons fait nous aussi nos guerres de religions, des guerres soit disant saintes, des massacres planifiés souvent même au nom d'un même Dieu avec "simplement" quelques polémiques sur ses exigences. Tout cela bien sûr, nous le savons aujourd'hui, aux ordres d'un pouvoir hégémonique, tyrannique et manipulateur pour l’intérêt de quelque uns. « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens » Mais inch'allah au vingt et unième siècle après moult errements, grâce à l'éducation, la démocratie, au renforcement du libre arbitre, au pluralisme de l'information, nous pensions avoir à peu près réussi à circonscrire cette peste noire, cette folie meurtrière, cette fanatique intolérance. Elle est pourtant toujours là insidieuse, sournoise, prête à surgir au moindre coup de crayon. Si l'on doit interdire quelque chose en urgence, c'est la bêtise et l'obscurantisme et il y a du taf. Un petit conseil aux politiques de tous poils : surtout, surtout ne nous parlez plus de vos ambitions personnelles au nom de la patrie en danger, de l'élection pestilentielle avant au minimum deux ans. Soyez discrets.
Le vivre ensemble, le respect de chacun dans ses différences, la diversité politique, culturelle, ethnique, les droits et les devoirs de l'homme et du citoyen, la liberté, la fraternité se heurtent aux difficultés et défaillances sans nombre de nos sociétés en déliquescence : économie, éducation, culture, éthique. L'abandon d'une population, discriminée, reléguée, désespérée. Boucs émissaires désignés de notre impuissance, conduits au repli sur soi, au ressentiment, de la colère à la haine. Nos principes humanistes indéfectibles mis en brèche, contestés, bafoués. Comment envisager sereinement son avenir ? Comment s'investir dans un monde que vous ne comprenez plus, dont vous vous sentez exclus, rejetés ?
Combien d'ouvriers, d'employés, de manœuvres, de chômeurs, de précaires, de paysans, de pêcheurs dans les différentes représentations nationales ? Combien d’héritiers cossus, de dynastie du maroquin, d'intellectuels mondains, de courtisans professionnels, d'ambitieux méprisants, d'impudents sans scrupule... ? Il y a toujours un prix à payer aux cynisme, à l'indécence, à la flagornerie et à l'hypocrisie, et il paraît soudain exorbitant.
Le 19 janvier 2015 Mireille MOUTTE

