Publié le 3 Février 2020

Mamé Thérèse

Je ne sais pas pourquoi, particulièrement ce soir, me revient en mémoire ma mamé Thérèse. C’est à peine si je me souviens de son visage. Dans « Le bal des folles » de Victoria Mas,  une jeune fille est internée par son père car elle se dit en contact avec les Esprits des morts,  son grand-père en particulier. S’ il existe des esprits qui veillent sur nous et nous protègent, à tout les coups ma grand-mère est de ceux-là. Je suis sûre de son amour inconditionnel pour moi. Dans ma petite enfance c’est elle qui veillait sur moi pendant que mes parents travaillaient. J’étais son centre premier d’intérêt (ça ne m’est plus arrivé depuis). Tout était fait en fonction de moi, de mon bien-être, de ma santé, de mon développement, de mon bonheur. J’étais alors la reine de mon royaume. J’espère que pendant ces quelques années j’ai pu la rendre heureuse car les enfants en grandissant sont quelquefois ingrats et  ne répondent pas toujours aux espérances misent en eux. On veut toujours le mieux pour ses enfants, mais le mieux de quoi ? La vie, la volonté, le courage, l’atavisme, les gènes, l’environnement, la maladie, les choix, la chance, le destin, des curseurs très sensibles, difficiles à  manipuler.  Que dirait-elle si elle me voyait aujourd’hui plus vieille qu’elle ? Me reconnaîtrait-elle ? Quelle serait sa réflexion sur le parcours de ma vie ? pas tout à fait classique.  Elle me demanderait sans doute si je suis heureuse, la question qui tue. Mais en tant qu’esprit elle saurait tout de moi du plus superficiel au plus profond et elle serait là encore la seule à s’en préoccuper. Elle n’a pas eu trop le temps de voir sa princesse se transformer en grenouille. Les esprits peuvent-ils avoir du chagrin ? Je préfère croire qu’il ne s’agit que de chimères, d’illusions d’optiques. Aujourd’hui je suis la seule au monde à me souvenir d’elle, de son passage singulier et unique sur terre, de son enveloppe charnelle, de ses gestes, de ses rires de ses pleurs, de sa souffrance. Je suis porteuse, pour quelques temps encore, de cet amalgame d’histoires, de faits, de choses, de gens. A quoi se résume une vie ? A pas grand chose en fait : Une jeunesse à  Sete, un mariage à l’Isle sur la Sorgue, un enfant, un divorce, une fuite à Avignon, une vie d’infirmière à l’hôpital, le mariage de sa fille et puis moi en hypothétique apothéose. Fin de l’histoire. Des souvenirs qui reviennent  de plus en plus souvent à  mesure que le temps passe. Tout un monde de couleurs, d’odeurs,  de sentiments, d’ambiances à jamais disparu,  précieusement  entretenu pour le faire revivre à l’envie, quelques instant. 
                                                                 Mireille MOUTTE

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Rédigé par ab irato

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