Le blues de l'indigène

Publié le 12 Septembre 2009




 Le petit chemin en partie  goudronné pour finir en terre  qui  rejoignait l’arrière de l’abbaye de St Eusèbe par ses jardins, n’est plus ouvert.  Je l’ai pris une fois, il y a longtemps,  mais il y avait déjà des constructions et les portails et les clotures n’ont pas manqué d’être installés,  s’agissait-il d’un chemin communal? D’un passage coutumier ? d’une servitude ? Comment savoir ? Toujours est-il qu’en revenant sur Saignon, une touriste se plaignait aussi que les tracés bleus se perdaient dans le maquis. La mise en garde, alors assénée m’a surprise et chagrinée : « Il ne faut plus suivre les tracés de Maurénas car il traçait des sentiers sans demander "l’autorisation aux propriétaires", il faut suivre les tracés du Parc Régional du Luberon où les grands GR ».  Celle là elle est bien bonne ! Maurénas a  découvert et dégagé ses premiers sentiers en 1936, il n’y avait pas à l’époque  de « Propriétaires, de  Propriétés Privées, d’Alarmes », mais des fermes et des paysans qui laissaient librement circuler sur leurs terres à la condition de respecter les cultures, leurs labeurs, les bêtes, leur tranquillité, le travail des anciens et la convivialité. Ces sentes reliaient les fermes entre elles, les champs, étaient des raccourcis pour aller au village, au lieu-dit, des passages de troupeaux, des pratiques  anciennes. Combien de pistes se sont ainsi perdues par la privatisation  souvent arbitraire de leur accès. Alors que le grand intérêt du Luberon c’est précisément ses passages incognito qui courraient par la montagne,  hors des sentiers battus.  La montagne nous appartenait alors, pleinement, nous la partagions avec tous et si les gens vivaient souvent en autarcie, pauvrement,  ils nous permettaient encore de profiter de la richesse de cette diversité.

 

Je veux bien partager moi aussi ses bonheurs avec tous, faire profiter chacun de ses trésors. J’accueillerai volontiers tous les adeptes de nature  brute, les contemplateurs de lune rousse, les amoureux des grands espaces, les marcheurs impénitents, les explorateurs de sous-bois, les amateurs de vieilles pierres, les adorateurs du soleil,  les épicuriens voluptueux, les fouleurs d’herbe fraîche,  les sensoriels affûtés, les éveillés du petit matin, les couches tard, les accros à la tisane, les dormeurs du val, les artistes qui s’ignorent, les poètes en herbe, les créateurs d’éphémère, les découvreurs d’inutile, les savants de la papille gustative, les collectionneurs de pacotille,  les passionnés de Mistral,  les glaneurs de merveilles, les inconditionnels de la sieste, les yin et les yan, et même des millionnaires timides et discrets.

 

Ni musée, ni Luna Park. Laissez Mon Luberon vivre sa vie de terre sauvage, aride,  ivre de senteur, de lumière,  de combes fraîches, de coteaux écrasés de soleil,  de vallons ombrageux, d’aiguiers cachés sous les ronces, de sentiers improbables qu’il faut chercher sous les genêts et partager avec la sauvagine, d’où l’on sort égratignés de partout, les genoux en sang,  mais les yeux tout ébahis des merveilles insoupçonnées… Déjà la distillerie de St Michel à été mise à la retraite, adieu les senteurs entêtantes de lavande le soir jusqu’au fond du lit, adieu l’eau de lavande recueillie précieusement dans de petites bouteilles, adieu les baignades dans le bassin odorant. Adieu l’enfance. Le temps passe, il change, évolue, et c’est très bien comme ça, il en faut un peu pour tout le monde. Mais laissez moi encore rêver à un monde de partage, d’amitié,  sans interdiction imbécile, sans contrainte arbitraire.  Laissez moi croire à l’utopie d’un monde meilleur, fondé sur le respect de chacun, ignorant les préjugés et  les égoïsmes. 

Adessias mes pitchouns

Mireille

 

Rédigé par ab irato

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