Le cloître
Publié le 15 Avril 2020
Voilà c’est fait...un mois de confinement, de prison volontaire, mais sans espoir d’évasion à part la lecture, ni évacuation à part.... Deux sorties en tout et pour tout : le médecin de l’autre côté de la rue et le tour du bâtiment pour driver le livreur. Les distractions se font rares ! Des journées découpées en tranches façon mortadelle, mais sans le plaisir de la dégustation. La silhouette poussée dans ses derniers retranchements face aux plaisirs irrépressibles de bon vins, de pâté en croûte, de risotto aux petits oignons et autres amuse-gueules interdits par la faculté. La liturgie des heures, des habitudes pour occuper ses journées. La marche forcée, comme un lion en cage, sous les arcades de la terrasse. La gymnastique inspirée-expirée, mais pas trop, sous le regard impassible d’un œil en verre. Quelques lignes tricotées ou lues entre deux bouchées à la reine.
Des cisterciennes, sans la contemplation, sans la communion, si ce n’est celle de l’âme, mais avec le temps et un peu d’entrainement tous les espoirs nous sont permis. Dieu réincarné par des médecins, savants et autres infirmières et les chapelles transfigurées en hôpitaux. La grande messe noire des infos pour nous ôter toutes velléités de bain de foule et de vie en collectivité. Le cloître comme seul échappatoire ! La vie a parfois de cocasses revirements ! La société réduite aux acquêts : téléphone, sms, email, la convivialité par skype, l’amour filial par le langage des signes, l’exultation des corps en suspend, le « devoir conjugal » en jachère. Bref l’essentiel compressé façon César. Une vie en conserve, serrés comme des sardines, baignant d’envies fugaces de meurtre, entrecoupée de rêves-souvenirs de grand large, de sentiers escarpés, de plage ensoleillée, de baignade chaloupée.... inaccessibles même avec une autorisation écrite, explicite et détaillée et dument vérifiée par la maréchaussée.
Un cauchemar dont nous nous croyons exemptés par le vingt et unième siècle et ses merveilles technologiques, son progrès, sa science, sa force de frappe et autres communications interstellaires. Et soudain se rappelle à notre bon souvenir le 19 ème siècle et son cortège d’épidémies, du choléras à la peste brune réunis : les lazarets, les quarantaines, les fosses communes, le couvre-feu, les boucs émissaires, les ausweis, la peur, la panique. Régulièrement pourtant nous avons eu droit à une douloureuse piqûre de rappel qui soulignait notre fragilité de porcelaine, notre domination de papier doré et notre puissance de pacotille. Mais fi de tout cela, folle Amanda, la vie est courte, chantons en cœur : Des lingots oui mais en panzani. Des dollars oui mais en papier toilette !!
Bon allez assez rigolé, j’entends Pâques me sonner les cloches.
Mireille MOUTTE
