Bulle d'éternité

Publié le 28 Novembre 2010

 

 

 

 

 

lev-e.jpgEn ce temps là le plateau des claparèdes dans les monts du Luberon était encore sauvage tout au moins pour nous qui venions de la grande ville Avignon. C'était le pays des grandes vacances, de la liberté !  Dans un petit cabanon plus que  rustique  ombragé d'un grand tilleul nous passions là deux mois de vacances, sans eau, sans électricité, sans rien de ce qui nous paraît aujourd'hui indispensable, mais entourés  de la garrigue, des lavandes, des moutons, des chèvres, des pierres, beaucoup de pierres. Quelques fermes dans les alentours où nous allions nous approvisionner en lait, fromages et légumes et le Près des Blancs la ferme des cousins, éleveur de brebis. Avec comme divertissement, deux ou trois livres de la bibliothèque Rose,  la Semaine de Suzette et la balançoire accrochée sous le tilleul. Un pays de rêve où l'imagination était reine.

 

Cétait comme toujours, un matin dété calme et ensoleillé, seul le bruit du moulin à café actionné avec vigueur par  ma grand-mère rythmait  le bruit discret de la vie quotidienne pour ne pas réveiller les petites, lodeur des grains broyés, leau qui chante dans la casserole, le café qui goutte doucement, le soleil qui traverse la chambre par les interstices de la fenêtre fermée, le bruissement léger de la brise dans les branches et moi  blottie au fond de  mon lit, recueillie, à laffût de tous ces murmures que je connais par coeur.   Puis enfin,  en point dorgue, la musique au loin des sonnailles du troupeau de béligues qui se rapproche.  Germaine, la bergère qui appelle ses brebis : bee, bee, la sollicitation des chiens : toucoulou... toucoulou, les brebis qui bêlent, les chiens qui jappent, les chèvres perchées sur les clapas qui font tinter les pierres, le piétinement des bêtes qui fait lever la poussière jaune du champ moissonné avant notre arrivée. Une chaleur, une vibration, un chant crescendo, des hommes, des bêtes, de la terre, liés en une symphonie de plénitude. J'ai eu là, malgré mon jeune âge, la perception d'être au centre de tout,  dans la sécurité des êtres chers, qui veillent sur vous, dans l'insouciance complète du lendemain, dans le frisson de quelques  minutes de parfaite harmonie, qui encore aujourdhui plus de 50 ans après me font verser des larmes de reconnaissance. Le pouvoir magique de lenfance : transformer des instants fugaces en bulle déternité.

Mireille MOUTTE

 

Rédigé par ab irato

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article