Ils commémorent, nous continuons.

Publié le 20 Avril 2018

Et voilà, 50 ans après on va « commémorer » MAI 68 . Oui, oui vous avez bien compris
C O M M E M O R E R on va le rouler dans la farine, en faire des chichis frégis, des sushis, du hachis aux petits oignons, des salamalecs à la sauce médiatique : doc, films, livres, résumés, raccourcis rabougris, commentaires poussifs, discussions policées et autres débats insipides,, transformer notre révolte en Histoire Officielle, en roman-photos dérisoire ... Tout et surtout n’importe quoi ! Chacun à son Mai 68, étudiants, ouvriers, artistes, journalistes, d’un côté ou de l’autre des barricades, de Paris ou de province. Tous dans la rue pour des raisons similaires et spécifiques. Un grand coup de balai à l’ancien monde, on ne revendiquait pas, on n’exigeait pas, on prenait. Là, aujourd’hui ils vont nous ostraciser notre révolution, en faire un pâté à la mortadelle. Avec Dany le rouge en leader charismatique, en piment de Nanterre pour corser un peu cette fadasse tambouille.. AU SECOURS ! Mai 68 n’avais pas de leader ! En tout cas moi je n’en avais pas. Certes les étudiants, les beaux parleurs avaient le haut du pavé. Chez nous à Avignon ils étaient venus dans notre usine à l’occasion du travail saisonnier « pour rééduquer le prolétariat ». Pour ma sœur et moi élevées au PC et à la CGT par mon père et à la mode catho par ma mère, la mayonnaise a pris de suite. Et ce fut des discussions à plus d’heure et à plus soif, assis sur des coussins, aux lueurs des bougies, autour d’un plat de riz et de gros rouge qui tâche, pour rêver notre avenir de chèvres et de Montagne. Nous avons découvert un autre univers, une nouvelle vision de la vie, une autre culture. C’était un amalgame improbable de beaucoup d’ingrédients qui s’étaient agglomérés en une mixture multicolore et joyeuse. Un bouillon de culture effervescent. Je dénie le droit à tous ceux qui vont bavasser de le faire en mon nom. Certes, nous n’avons pas été à la hauteur de nos rêves. L’ancien monde bougeait encore et il a repris peu à peu de la vigueur. Mais bordel que c’était bon de « jouir sans entrave » après des années d’hypocrisies, de faux semblants , de moralités poussiéreuses, officielles, bourgeoises et à géométrie variable, du carcan, du sabre et du goupillon. Que c’était chouette nos vingt ans. Que la montagne était belle.. A bas les commémorations, les jubilés, les célébrations et les pèlerinage de tous poils. Vive la vie, vive l’amour, vive l’espoir qui bouillonne là, encore, maintenant dans nos vieux cœurs fatigués. Mireille MOUTTE

Ils commémorent, nous continuons.

Rédigé par ab irato

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