Publié le 26 Avril 2020

Je  me suis rendue compte aujourd’hui que je compte... Je compte presque tout, tout le temps, là par exemple, j’écris : je compte les lignes,  pour la poésie c’est les pieds. Je marche sur mon balcon, je compte mes pas, le nombre d’allers-retours, de kilomètres, le chronomètre. Je compte mes heures de repos, d’activités, de TV, de radio. Bizarrement je ne compte pas les pages, ni le temps passé le soir  à la lecture, ni mes paquets de pâtes et de farine. Par contre une chose m’inquiète,  c’est le temps passé sur mon canapé : 9 heures en  moyenne sur une journée de 15 heures ! (- 1 heure pour les repas, - 2 heures de marche, sport, - 3 heures de cuisine, TV, radio, ménage... ) Je compte un peu mes sous aussi, ni  Arpagon, ni Don Salluste, une simple ouvrière butineuse. Je compte bien sûr, comme tout le monde, les heures, les jours, les mois et les années à  venir, qui se rétrécissent comme peau de chagrin,  pour espérer naïvement les retenir. Pour le passé, je fais l’impasse, c’est le seul temps dont je suis absolument sûre ! Il remplit toutes les cases. Il est plein comme un œuf. Je n’est finalement pas perdu beaucoup de temps dans l’ancien temps. Il me manque bien sûr tout plein d’autres choses, du  temps pour les amis (es), les copains (ines), la montagne, la mer, mon jardin, le ciné, les bistrots, mais là je sais que je peux toujours compter sur eux, ils seront toujours là, enfin j’espère ?....Il paraît que l’on compte toujours ce qui nous  manque le plus. A l’évidence, en ce qui me concerne, c’est le temps, mais ce n’est pas la découverte du siècle, de Pasteur et son vaccin. D’ailleurs maintenant que j’y pense on compte toujours sur celui du XXI° siècle ... Suivez mon regard !  Enfin Je compte, et pas qu’un peu les kilos mais là  hélas trois fois hélas j’en ai beaucoup trop !!     Est-ce grave Docteur ?                         Mireille MOUTTE

Le compte est bon,

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 15 Avril 2020

Voilà c’est fait...un mois de confinement, de prison volontaire, mais sans espoir d’évasion à part la lecture, ni évacuation à  part.... Deux sorties en tout et pour tout : le médecin de l’autre côté de la rue et le tour du bâtiment pour driver le livreur.  Les distractions se font rares ! Des journées découpées en tranches façon mortadelle, mais sans le plaisir de la dégustation. La silhouette poussée dans ses derniers retranchements  face aux plaisirs irrépressibles de bon vins, de pâté en croûte, de risotto aux petits oignons et autres amuse-gueules interdits par la faculté. La liturgie des heures, des habitudes pour occuper ses journées.  La marche forcée, comme un lion en cage, sous les arcades de la terrasse.  La gymnastique inspirée-expirée, mais pas trop, sous le regard impassible d’un œil en verre.  Quelques lignes tricotées  ou lues entre deux bouchées à la reine.

 

Des cisterciennes, sans la contemplation, sans la communion, si ce n’est celle de l’âme, mais avec  le temps et un peu d’entrainement tous les espoirs nous sont permis. Dieu réincarné par  des médecins, savants et autres infirmières et les chapelles transfigurées en hôpitaux. La grande messe noire des  infos pour nous ôter toutes velléités de bain de foule et de  vie en collectivité. Le cloître comme seul échappatoire ! La vie a parfois de cocasses revirements ! La société réduite aux acquêts : téléphone, sms, email, la convivialité par skype, l’amour filial  par le  langage des signes, l’exultation des corps en suspend,  le « devoir conjugal » en jachère. Bref l’essentiel compressé façon César. Une vie en conserve, serrés comme des sardines, baignant d’envies fugaces de meurtre, entrecoupée  de rêves-souvenirs de grand large, de sentiers escarpés, de plage ensoleillée, de baignade chaloupée.... inaccessibles même avec une autorisation écrite, explicite et détaillée et dument vérifiée  par la maréchaussée. 

 

Un cauchemar dont nous nous croyons exemptés par le vingt et unième siècle et ses merveilles technologiques, son progrès, sa science, sa force de frappe et autres communications interstellaires. Et soudain se rappelle à notre bon  souvenir le 19 ème siècle et son cortège d’épidémies, du choléras à la peste brune réunis : les  lazarets, les quarantaines, les fosses communes, le couvre-feu, les boucs émissaires, les ausweis, la peur, la panique. Régulièrement pourtant nous avons eu droit à une douloureuse  piqûre de rappel qui soulignait notre  fragilité de porcelaine, notre domination de papier doré et notre puissance de pacotille. Mais fi de tout cela, folle Amanda, la vie est courte, chantons en cœur :   Des lingots oui mais en panzani. Des dollars oui mais en papier  toilette !!

Bon allez assez rigolé,  j’entends Pâques me sonner les cloches. 

                                                                Mireille MOUTTE

Le cloître

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 9 Avril 2020

l y a morts et morts. Tous les morts n’ont pas la même importance, la même valeur, les mêmes conséquences  :

Les morts multiples mais « acceptables » sont celles liées à la pollution de l’eau, de l’air, des sols, chimique, nucléaire, d’hydrocarbure.. avec comme corollaires : Stress, AVC, cardio, pulmonaire, cancer..... celles qui ne gênent pas l’évolution de notre consommation et donc de la croissance. L’ennemi est non seulement invisible mais non quantifié statistiquement. De plus, il touche les gens les plus faibles et confrontés directement aux périls. La tranche la plus aisée de la population reste majoritairement à  l’écart et a les moyens de se protéger. Ces morts sont en quelque sorte acceptées comme des surnuméraires, des dégâts collatéraux liés à notre comportement social, économiques.

 

Les morts du covid-19 sont plus problématiques. D’abord elles touchent tout le monde, sans différentiation culturelle ou sociale. Mais surtout, avec le confinement, les entreprises et les travailleurs sont à l’arrêt, l’économie en berne, le PIB figé, la bourse et les statistiques affolées, la pénurie généralisée. S’amorce en plus sur la place publique, une remise en cause de la stratégie globale de notre modèle économique et environnemental.

 

Le capitalisme est confronté à ses erreurs,  ses désordres et son dogme du profit immédiat qui met  à  mal son propre fonctionnement et notre survie par la même occasion. Les responsables sont incapables de prévoir les dégâts inévitables liés à sa gouvernance et l’étendue de leurs ravages sur les hommes et à la planète. Continuer sur notre lancée,  en comptant les morts  de la pollution, du virus, de la déforestation,  de la baisse de la biodiversité ou d’autres, me paraît difficilement acceptable par les citoyens. L’ardoise risque d’être salée socialement,  financièrement, politiquement et écologiquement s’il n’y a pas une reprise en main de l’organisation des Etats par les populations civiles. Les réflexions ouvertes, « grâce » au temps de confinement, feront j’en suis sûre leur chemin chez un grand nombre de citoyens, sinon...

Comme le dit si bien Florence Aubenas : Après la pénurie de masques c’est celle  des cercueils qui suivra

                                                                                         Mireille MOUTTE

Les morts

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 21 Mars 2020

Voilà tout est fermé : maisons, magasins, montagnes, bords de mer, trottinettes, gares, garages, aéroports, frontières... Heureusement il nous reste tout le reste ! Le plaisir de la grasse matinée, d’un petit déjeuner au lit, d’un rayon de soleil à travers les persiennes. Plein de livres à lire ou à relire, « Un hussard sur le toit » ? De doc à visionner, de musique à écouter, de films à découvrir, de pensées à développer, d’imagination à débrider...... Il fait ce mois de mars un temps splendide, comme pour nous narguer derrière nos fenêtres de confinement. Mais tous les autres au travail, malades, détenus en promiscuité, à la rue, isolés, sans revenus... Comment vont-ils faire ? Comment font-ils ? C’est la guerre, mais surtout pour les plus faibles. 

 

Notre «belle organisation » mondialiste mise à mal par un minus invisible. La dépendance est une frontière sans barbelés. Tout s’arrête et notre fragilité est soudain mise à nue. Nous l’avions peut-être un peu oubliée. Comme souvent dans ces situations extrêmes, tel candide nous découvrons les aléas de notre civilisation mercantile.  Le meilleur et le pire se côtoient, la générosité, l’altruisme, la solidarité, l’égoïsme, la peur, la bêtise, la haine, tout s’exacerbe. Plus d’assurance, plus de porte blindée, plus de garde du corps,  plus de protection personnelle pour s’exonérer du danger, encore que.... l’argent garde encore son pouvoir funeste. Il faut pourtant bien « dépenser un pognon de ouf » pour que tous ces shadoks continuent de pomper, engraissent le système, alimentent les caisses enregistreuses. Reviendrons-nous à de meilleures pratiques la crise passée ? On peut toujours rêver. 

 

« Restez chez-vous, on s’occupe de tout » ! « Débranchez vous et faites nous confiance » ! Disent en cœur les fameux experts qui nous ont mis dans la panade. C’est le message du grand manitou qui va tout arranger en quelques jours.... J’ai quelques doutes dans leur efficacité pratique  et dictatoriale. Prévoir l’imprévisible qui règne sur nos vie : voilà la difficulté, le saint graal des pythies télévisuelles. Mais est-ce possible ? Dans l’infini de leur suffisance grandeur «les responsables »  croient pouvoir maîtriser les dégâts, puis ils hésitent, ils pataugent   et enfin  ils paniquent, mais toujours propres sur eux, dans l’ordre et la méthode.  Notre lutte à  nous doit aussi continuer. La défense du service public, entre autre,  n’a jamais été plus d’actualité. Il est urgent de s’organiser à  tous les niveaux pour la suite, car si précisément rien ne change, un autre machin-truc-chose,  virus saisonnier ou pas, n’est pas à exclure..

 

Ça va être difficile de se passer de tout ces robots qui nous servent de béquilles. Revenir aux bouliers, aux tables de multiplications, aux contes de Perrault, aux  encyclopédies en douze volumes, à  la lanterne magique, aux lavoirs à l’eau vive,  à la lampe d’Aladin, aux tapis volants.... un paradis pour les « c’était mieux avant », qui vont à mon humble avis bien vite déchanter, car la nature a  bien des moyens de nous contraindre et puis zut la pénicilline, le sparadrap c’est pas mal non plus ! Je pense très fort en ces temps incertains à  mes  coreligionnaires retraités ou préretraités qui s’accrochent avec angoisse à leurs pactoles de privilégiés, tenez bon les gars ça fait plus d’un an qu’ont se bat,  on les a eus à l’usure ! c’est pas le moment  de lâcher la rampe. On va s’adapter....... ou comme les dinosaures, disparaître. Ça fait partie de la panoplie initiale. Jusqu’ici tout va bien pour moi. A bientôt,  j’espère.....avec du vent dans les voiles qui fait les joues rosées et les cheveux ébouriffés.         Mireille MOUTTE


 

 

 


 

 

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 3 Février 2020

Mamé Thérèse

Je ne sais pas pourquoi, particulièrement ce soir, me revient en mémoire ma mamé Thérèse. C’est à peine si je me souviens de son visage. Dans « Le bal des folles » de Victoria Mas,  une jeune fille est internée par son père car elle se dit en contact avec les Esprits des morts,  son grand-père en particulier. S’ il existe des esprits qui veillent sur nous et nous protègent, à tout les coups ma grand-mère est de ceux-là. Je suis sûre de son amour inconditionnel pour moi. Dans ma petite enfance c’est elle qui veillait sur moi pendant que mes parents travaillaient. J’étais son centre premier d’intérêt (ça ne m’est plus arrivé depuis). Tout était fait en fonction de moi, de mon bien-être, de ma santé, de mon développement, de mon bonheur. J’étais alors la reine de mon royaume. J’espère que pendant ces quelques années j’ai pu la rendre heureuse car les enfants en grandissant sont quelquefois ingrats et  ne répondent pas toujours aux espérances misent en eux. On veut toujours le mieux pour ses enfants, mais le mieux de quoi ? La vie, la volonté, le courage, l’atavisme, les gènes, l’environnement, la maladie, les choix, la chance, le destin, des curseurs très sensibles, difficiles à  manipuler.  Que dirait-elle si elle me voyait aujourd’hui plus vieille qu’elle ? Me reconnaîtrait-elle ? Quelle serait sa réflexion sur le parcours de ma vie ? pas tout à fait classique.  Elle me demanderait sans doute si je suis heureuse, la question qui tue. Mais en tant qu’esprit elle saurait tout de moi du plus superficiel au plus profond et elle serait là encore la seule à s’en préoccuper. Elle n’a pas eu trop le temps de voir sa princesse se transformer en grenouille. Les esprits peuvent-ils avoir du chagrin ? Je préfère croire qu’il ne s’agit que de chimères, d’illusions d’optiques. Aujourd’hui je suis la seule au monde à me souvenir d’elle, de son passage singulier et unique sur terre, de son enveloppe charnelle, de ses gestes, de ses rires de ses pleurs, de sa souffrance. Je suis porteuse, pour quelques temps encore, de cet amalgame d’histoires, de faits, de choses, de gens. A quoi se résume une vie ? A pas grand chose en fait : Une jeunesse à  Sete, un mariage à l’Isle sur la Sorgue, un enfant, un divorce, une fuite à Avignon, une vie d’infirmière à l’hôpital, le mariage de sa fille et puis moi en hypothétique apothéose. Fin de l’histoire. Des souvenirs qui reviennent  de plus en plus souvent à  mesure que le temps passe. Tout un monde de couleurs, d’odeurs,  de sentiments, d’ambiances à jamais disparu,  précieusement  entretenu pour le faire revivre à l’envie, quelques instant. 
                                                                 Mireille MOUTTE

.

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 4 Janvier 2020

Propagande

La « réforme » des retraites est l’occasion d’une propagande éhontée de la presse télévisuelle, entre autres ! ! Tous ces « journaleux, présenteurs, commenteurs et autres experteurs » aux bottes du pouvoir, boursouflés de suffisance, arrivent au summum de leur infamie ou pour le moins de leur incompétence. Même si ce n’est pas nouveau, ça m’étonne que ça m’étonne encore ! Que les suppôts du gouvernement s’en tiennent à leur thèse, rien de bien surprenant. Je me demande tout de même s’ils croient vraiment tout ce qu’ils racontent ou s’ils sont complètement idiots. Certes quand le beefsteak électoral est en jeu, on peut bien avaler quelques soupes à la grenouilles  Je ne suis pas encore  prête à me soumettre à la paranoïa ambiante, du complotisme et de  la grande manipulation internationale etc... C’est plus grave et plus simple que ça. La population  en progression constante, les ressources de la terre limitées : la part du gâteau s’amenuise. La richesse de quelques uns en constante progression, selon les normes néolibérales, doit être préservée au détriment du plus grand nombre. Nous sommes tous pris et dépassés à des degrés divers par une uniformité insidieuse de la pensée des actes et des choses.   Une « idéologie » agressive, virulente et  nuisible. de conformité, d’uniformité, d’indifférence, d’apparence, de spectacles permanents, d’addictions virales, de manipulation des affects, et de fracture sociale, destructrice de l’essence même de notre humanité. Une hypnose, quasi collective, qui nous anesthésie dans un confort mortifère de standardisation des désirs,  de soumission aux normes, de méfiance du libre arbitre, de peur de la liberté. Une évolution délétère de corps décérébrés, corvéables à merci, bientôt mis au rébus par leur propre production,  qui continuent obstinément à forger leurs propres chaînes, Une bonne nouvelle pour cette nouvelle année : le problème des retraites se réglera peu à peu, par la disparition des bénéficiaires.     MMOUTTE                                      

 

     « On ne fera pas un monde différent avec des gens indifférents.                       

                                           Arundhati Roy                                                    

 

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 7 Décembre 2019

Et puis il faudra tout recommencer

Encore et encore jusqu’à ce que l’humanité

Se substitue au chaos

Que finisse enfin l’histoire sans fin

Plus de geôle, plus de chaine, de goulag

La vie trouvera une nouvelle voie

Des rivages peuplés de monts et merveilles

Mais nous où serons-nous mon frère ? 

              Mireille MOUTTE 
Tout recommencer

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 25 Août 2019

Elle tourne..  tourne depuis la nuit des temps

Sur sa lancée s’arrêter un instant

Abandonner le soleil et son coeur mouvant

La lune pâle au crépuscule ardent

Laisser les astres à leurs infinis mouvements

Cul par dessus tête le céleste firmament

La boussole  affolée du levant au  ponant

Un tsunami astral mêlé à l’océan

Et nous pauvres humains perdus dans le néant

 

 

            

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 20 Juillet 2019

Cher ami,

 

Comment allez-vous ? Notre dernière conversation a été brutalement interrompue par un importun. Nous n’avons pas pu finir notre passionnant échange sur les événements de ces derniers jours. La ville se prépare aux festivités de l’été, les nouveaux trottoirs du cours Mirabeau sont déjà fréquentés assidûment par une foule de touristes, une vraie tour de Babel ! Hier soir en sortant du cinéma nous avons fait un tour en ville, à ces heures tardives, c’est un vrai bonheur. Les restaurants étaient bondés, le bruissement des couverts avait remplacé celui des étourneaux. Allez-vous vous bientôt partir en vacances dans votre maison des Alpes ? Si vous avez l’occasion de descendre en ville, on pourrait se retrouver un de ces soirs pour profiter encore un peu de la fraîcheur des fontaines sous les arcades vertes du cours. Vous vous souvenez, «On va sous les tilleuls verts de la promenade » Une salade et un petit rosé à la terrasse d’une brasserie, peut-être ? En compagnie de Rimbaud et Ferré ! Ce serai merveilleux.

 

Je termine un livre sur le destin peu banal d’une femme américaine du siècle dernier, qui pensait être vouée au malheur ce qui va finalement se concrétiser au fil de sa vie. Destinée…fatalité …karma…hasard ? : « Les chûtes » de Joyce Carol Oates. Passionnant. Par ces chaleurs, le Niagara est bienvenu. Je vous le prêterai. Je vous écris de mon jardin sous les roses qui embaument. Il est 10 heures et déjà le soleil perce sous la tonnelle, je ne vais pas tarder à rentrer. L’ombre des platanes du jardin a été saccagée par des élagueurs un peu trop zélés. Depuis la tempête des branches étaient tombées et certaines menaçaient la toiture. Une maison est une source de plaisirs, sans doute, mais aussi de soucis. A mesure que l’âge avance la moindre contrariété prend des dimensions hors de proportion. Vous devez connaître vous aussi ces moments de découragement où l’on se dit à quoi bon ? J’ai toujours eu conscience de l’instabilité des choses de la vie, de l’irrévocabilité de ses affres. Mektoub, il faut faire avec. Voilà que je me prends pour Ariah, l’héroïne du roman. Plus prosaïquement, J’ai préparé des tomates farcies et un flan, ma fille vient déjeuner avec Émilie pour préparer l’anniversaire de Jean qui va avoir 45 ans…Comme le temps passe vite. Pour mes petits enfants je suis et à leurs yeux sans doute depuis toujours, une vieille femme, même si j’ai, paraît-il, de « bons restes » quelle horreur !!! Je préfèrerais dans ces conditions avoir « une beauté intérieure ». Parfois, je ne me reconnais plus moi même. Qui suis-je derrière ce masque fripé ? Jaime faire les confitures, le jardinage, la lecture, la musique, la peinture, écrire, tricoter et pire broder, toutes occupations, qui certes ne me définissent pas entièrement, mais sont d’une époque révolue qui fait date. Et pourtant… j’ai été jeune, j’ai été moi aussi nonchalante, insouciante et j’ai même aimé…à la folie, c’est dire. Mais arrêtons là l’histoire ancienne, elle n’est plus d’actualité ! Les oiseaux autour de moi gazouillent, les cigales chantent, la terre tourne et le soleil brille au zénith, indifférents à mes préoccupations humaines. Et que sont elles face aux dérives du monde ? L’information n’a pas éradiqué la folie, mais plutôt développé à son encontre un fatalisme d’impuissance. Les marchands d’armes et les dictateurs ont de l’avenir. Je ne voudrai pas gâcher votre journée par mes divagations pessimistes. Nous faisons, semble-t’il, encore partis de ce monde et il est difficile de s’en extraire, comme de l’ignorer.

 

Nous nous croiserons sûrement ici ou là, la ville est petite. Le samedi, je vais très souvent faire un tour au marché, à la bibliothèque ou à la librairie de Provence, sur le cours qui va probablement fermer, malgré l’indignation et les pétitions de ses clients assidus, comme moi. Une librairie qui ferme c’est une source qui se perd. Et par chez nous une source c’est précieux. Par bonheur, le nouveau musée Gaumont dans le quartier Mazarin vient d’être inauguré, avec une exposition sur Cezanne, comme cela va sans dire. L’ancien conservatoire de musique est méconnaissable. Avec un salon de thé dans le jardin « very délicious ». Comme vous le voyez, les occasions de participer à la vie de la cité ne manquent pas. Je vous souhaite une bonne santé et la félicité qui va avec.

 

Un dernier détail, sans importance : Je porte rarement un chapeau à voilette, vous ne portez sans doute jamais un canotier, nous ne nous reconnaîtrons pas. Tant pis ou tant mieux, nous ne le saurons peut-être jamais. Notre relation épistolaire permet toutes les extravagances. Elle a le goût pimenté du secret, de la clandestinité et la douceur d’un tableau de Sisley. Cultivons la encore un peu. Avec mes amitiés.

                                                                       Gabrielle

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0

Publié le 11 Juin 2019

Je me suis installée dans ma nouvelle automobile et là tout a merveilleusement commencé. Un ravissement des yeux, tout d’abord, sa ligne aérodynamique, ses sièges en similicuir anti-tâches, son tableau de bord en plastique multicouches teinté dans la masse digne de la NASA. Des écrans, des voyants en veux-tu en voilà, des informations à gogo, des alertes, des  indications,  des recommandations, des sommations sur ma vitesse, sur ma consommation, (je précise d’essence !), sur les kilomètres parcourus, le temps prévu pour le voyage, les auberges où je peux m’abreuver (modérément), les hôtels où je peux me  reposer (momentanément)...Plus besoin d’appuyer sur le champignon, la vitesse est contrôlée et me rappelle à l’ordre en cas de dépassement et je ne sais quoi d’autre encore, je n’ai pas eu le temps de faire  le tour de toutes ces innovations. L’heure du départ a sonné, mon taux d’alcoolémie étant correct, j’ai pu insérer ma clé-carte et  appuyer cérémonieusement sur le bouton START. J’ai alors inauguré avec l’enthousiasme  du néophyte le navigateur intégré. Une adresse et hop ! On y est presque.... une voix intemporelle vous dirige dans les méandres des venelles, rues, chemins, routes et autoroutes avec maestria : Tournez à droite,  à gauche, prenez le rond-point,  faites ceci,  faites cela, bla bla-bla-bla. Plus besoin de se creuser la tête pour faire la conversation, la voiture s’en charge. La technologie tout de même c’est quelque chose.... !

Grisée par tant de sollicitude, prise en charge par les multiples robots à mon service, je peux me  concentrer à  fond sur la route, en jetant de temps en temps un œil  discret sur l’écran luminescent où mon cheminement programmé se dessine peu à peu ( attention tout de même au strabisme divergent qui peut en résulter). La musique en sourdine, la température réglée idéalement par la climatisation, le confort tip-top du siège coque, moulé à la louche sur mon anatomie. Les  mains sur le volant, la machine vrombissante, la route qui défile, le bonheur ! Je suis  «la reine du monde ». Erreur funeste, candeur de l’innocence. Je ne le sais pas encore, mais je ne suis plus  qu’un rouage parmi d’autres.  La cinquième ou plutôt sixième roue du carrosse en quelque sorte. La machine s’est subrepticement substituée à mon moi profond. Hypnotisée, mon cerveau s’installe en mode Bluetooth,  en synchronisation parfaite avec le  tableau de bord. Bercée par le ronronnement technologique, mes yeux se brouillent,  mon nez rejoint dangereusement mon menton. Dans mon vaisseau spatial, en apesanteur des ondes magnétiques, multicolores traversent l’habitacle, le fauteuil s’incline lentement en position horizontale, je décolle, en route pour les étoiles.  Mon compagnon de route jusque là mutique me dit d’un air entendu : J’ai une prise jack , tu as une prise USB , nous sommes incompatibles, ça ne va pas pouvoir le faire....... A cette sentence impromptue, je  retombe  en vrille vers la terre...... Toutes les alarmes clignotantes ont viré instantanément au rouge,  manifestant bruyamment leur désapprobation. Gloup.... j’ai bien l’impression d’avoir piqué très légèrement  du nez et comportement irresponsable, s’il en est, j’ai complètement oublié d’enclencher le pilotage automatique  et de ceinturer mon parachute ascensionnel, manoeuvres exigées en la circonstance. Cette situation scabreuse n’étant pas du tout prévue au programme, je suis illico presto éjectée de mon siège par un puissant ressort intégré, lui aussi, dans mon fauteuil,  avec  mes vieux godillots autour du cou, pour finir la route à pied et indignité suprême, un zéro de conduite rouge tatoué sur le front.

Non, non, non et non,  c’est trop injuste, ras le bol du progrès technique. Rendez moi ma vieille traquanelle, ma  stroumphète verte, ma gentille 4ch Renault qui ne m’a jamais traitée de la sorte,  qui démarrait sans trop  faire d’histoire, après quelques vigoureux coups de marteau ici ou là,  histoire de la remettre en forme et  qui avait pour tout progrès technologique, un transistor accroché au rétroviseur. Mais on me dit que c’est impossible, qu’elle a depuis longtemps  déjà été recyclée en tourniquette pour faire la vinaigrette, puis en cire-godasse, puis en atomixer  lui même....etc.......Décidément on  n’arrête pas le progrès,  et moi je me retrouve sur l’asphalte, mon baluchon sur l’épaule, le soleil sur l’horizon, en route pour l’inconnu, telle une Charlotte des temps modernes.

                                                                                                                                                   Mireille MOUTTE

J'ai acheté une nouvelle auto

Voir les commentaires

Rédigé par ab irato

Repost0